Vous ne le savez peut-être pas mais dans la vie, je ne suis pas que maman de triplés bloggeuse, j'ai aussi un travail rémunéré: je suis infirmière.
Récemment j'ai changé d'établissement (aka j'ai changé le nom de l'hôpital qui m'exploite).
Bien entendu, lorsqu'on arrive dans un nouvel hosto, le personnel nous pose des milliers de questions.
Les plus récurrentes sont "et tu bossais où avant? " "et ça fait combien de temps que tu es avec nous?" "t'as des enfants?"
Vous vous doutez bien que j'essaye de rester discrète sur le fait d'avoir des triplés.
Mais il y a des curieuses, des filles qui percutent que je ne donne qu'un âge pour trois enfants, et parmi elles, y'a des filles incroyablement stupidement curieuses qui comprennent rien.
Voici donc pour illustrer cet article, un bout de conversation totalement fidèle à la réalité.
La fille : alors, t'as des enfants ?
Moi : oui.
La fille : ah c'est cool, moi je viens d'avoir mon premier, t'en as combien ?
Moi : trois.
La fille avec une tête mi-horrifiée mi-dégouttée : Waaaaaouu ben dis donc t'as pas chaumé. Tu les as eu tôt alors. Ils ont quel âge ?
Moi, blasée qui sent les futures questions arriver : trois ans en décembre.
La fille : .......
Moi, silencieuse.
La fille : tu veux dire que c'est des jumeaux ?
Moi : oui et non, on dit pas jumeaux dans le langage courant.
La fille : elle tente de comprendre ..... euh....comment ça ? C'est des triplés !!!!!! ????
Moi et merde, elle a compris : oui oui des triplés.
La fille (la bouche ouverte) : hé Paulette, t'as vu!? La nouvelle elle a des triplés!! Oh putain ça doit être hyper dur ma pauvre!
Moi : ben c'est vrai qu'au boulot ça me permet de faire une "pause" dans mon quotidien.
La fille (pas discrète, sans tact, bref, la ralceuse* de base) : et t'as été inséminée du coup, c'est pas trop douloureux ?
Moi : euh non, je les ai eu naturellement.
La fille : oh putain mais comment ça? t'as fait comment ?
Moi : ben .... euh.... comme tout le monde, à l'ancienne.
La fille : non mais vas-y dis moi comment t'as fais ?
Moi : euh .... euh ....
La fille : ......
Moi : ben en fait mon mari m'a prise trois fois en levrette la même nuit, c'est radical.
La fille : .....
Moi qui se fout de sa tronche, un grand sourire aux lèvres.
La fille : mais pour accoucher, t'as pas eu trop mal car trois enfants en même temps ça doit déchirer le périnée.
Moi : ...... ben quand il y a accouchement par voie basse c'est chacun son tour donc trois passages différents. Mais moi j'ai accouche par césarienne.
La fille : ah ok, donc t'as pas vraiment accoucher.
Moi : putain pourquoi y'a pas une sonnette qui sonne???
Dieu fait sonner une sonnette
Moi : merci. C'te fois c'est mon tour, je réponds à la sonnette.
Ralceuse : fille alignant les RALC
RALC : Réflexion A La Con
Un second petit article pour vous décrire mon homme.
Le beau et fort spécimen de sexe masculin qui arrive à s'occuper de triplés depuis leur naissance.
Il arrive qu'un homme prenne peur à l'idée de devenir une figure paternante, des fois, les plus lâches s'en vont avant la naissance, d'autres juste après et les meilleurs résistent. Le mien fait partie du dernier groupe.
De toute façon, si il part il aura tellement d'argent à donner avec la pension alimentaire que ça ne vaudra pas le coup de partir. Il est coincé.
Je ne prône pas l'égalité des sexes.
Il y a des choses que je sais mieux faire que lui et d'autres qu'il fait mieux que moi, et, il y a des choses qu'on fait à deux.
Je fais le principal du ménage mais il en fait de temps en temps. Je ne touche pas la vaisselle, car ça me dégoutte et lui, ne touche pas à la cire pour dépoussiérer les meubles etc etc.
Lorsqu'on en entre dans le monde fabuleux des parents de triplés, il faut se répartir les tâches car si il y en a un qui fait tout ou presque, en 1 an maxi, il y aura un burn-out se terminant par une rupture ou une dépression, alors autant éviter et faire une répartition équilibrée.
Parmi les choses qu'il fait et que je ne fais pas, il y a la vaisselle comme je viens de le dire mais d'autres choses comme porter les courses, monter une étagère, passer le balais dans les escaliers.
Les choses que je fais et qu'il ne fait pas c'est donc cirer les meubles, le ménage en général (lui fait le minimum vital), classer le linge des petits (voyez le petite astuce que je glisse pour les parents de triplés, ça vous fera gagner du temps, faut classer par saison ou par sexe par exemple) et la cuisine (mais là c'est plus une question de survie, parce que manger des raviolis ou des plats cuisinés tous les jours, c'est tout juste pas possible pour moi)
Il y a une chose que je ne fais JAMAIS c'est la vaisselle, mais la sienne c'est s'occuper des bobos des monstrosaures ou des nôtres.
C'est une sorte de déformation professionnelle, je suis infirmière alors je sais soigner... Mouai bof, mes compétences s'arrêtent vite dès que ça dépasse la bobologie classique. A ce jour, je n'ai passé la main qu'une fois à un interne de chirurgie pour Annabelle et sa main ouverte au niveau de la paume. 5 jolis points et c'est finit, de temps en temps elle nous reparle de son " moi y'ai un ro bobo" en montrant sa main droite.
L'autre soir, j'invite ma belle-mère à manger après qu'elle ait passé un bout d'après-midi avec nous.
Le repas se passe bien, les mômes sortent de table et courrent partout dans le salon en hurlant comme des cinglés, belle-maman et moi discutons à table et chéri-chéri décide d'aller faire un brin de vaisselle.
Et c'est là que le drame arrive.
Un hurlement bestial surgit de la cuisine. Le cri qui vous rappelle que votre homme qui peut être si doux, est aussi un être vivant bourré de testostérone avec des cordes vocales imprégnées telles un coton de démaquillant dans une salle de bain.
Le " Aaaaaarrrrrrrrrrrrggggggggggghhh " résonne dans toute la maison.
Les monstrosaures bruyants deviennent silencieux, me regardent en me demandant "papa y'a bobo?"
Je lui demande aussitôt ce qu'il a et il me dit s'être coupé avec un couteau et que ça saigne.
La, je me dis "fais chier bordel, je suis pas au boulot, pfff va falloir que je l'emmène aux urgences pour faire des points... C'te loose..." (si tu lis ces lignes, n'oublie pas chéri que je t'aime)
Il met son doigt coupé sous l'eau, je me voyais déjà récupérer un bout de doigt flottant dans l'eau de vaisselle.
Je me penche et je vois ...
L'horreur...
... Une plaie d'environ 1 cm de long, aussi superficielle qu'une feuille de papier peut vous faire lorsque vous vous coupez avec. On peut même pas voir la profondeur tellement les berges se touchent, vu que y'a rien d'horrible à voir. Elle est sur le côté du majeur, tout au bout. Alors oui ça fait mal le bout du doigt, mais quand même...
Je vais chercher une compresse pour appuer sur la plaie et arrêter le micro-saignement et lui réagit comme si il fallait faire un point de compression pour arrêter l'hémorragie tout en s'allongeant sur le canapé.
Il devient blanc.
Là je me dis "et merde, il va tomber dans les pommes..." mais non, les petits le tiennent éveillés en lui sautant dessus tout en disant "là ro bobo papa?"
J'ai soigné le grand blessé en mettant tout simplement un joli pansement bleu avec des nounours au bout du doigt.
(chéri je t'aime toujours, ne l'oublie pas). Il a été fort mon homme, même pas il a pleuré! (je t'aime très fort mon chéri).
Heureusement que l'hôpital où j'ai accouché ne veut pas de la présence du père pour la césarienne, il nous aurait fait un état de choc... mais bon, de toute façon, je voulais pas de lui à mes côtés, connaissant son goût pour l'hémoglobine.
Voilà, j'ai le plus fort des Chéri-chéris qui existe. Il est juste au bord du malaise vagal quand il voit une goutte de sang.
Et vous allez sourire en lisant cet article, mais n'empêche y'en a pas ebaucoup des hommes qui partent pas en courrant à l'annonce de triplés, qui se marrient alors que les monstrosaures ont à peine plus de 18 mois et qui vous aime toujours.