Le blog d'une maman de triplés

Une date, pour toujours.

Publié par le 17 juillet 2014 dans Au quotidien, Blog, Photos en vrac | 0 commentaire

Une date, pour toujours.

Le temps passe vite lorsqu’on est occupée.
Je vous dresse un petit bilan, rédigé avec mes tripes, pas forcément gai.

L’allaitement est une formidable aventure mais vraiment difficile de garder le cap avec des horaires changeants, un métier où il est presque impossible de tirer son lait, un an c’est aussi n’avoir que des regards négatifs sur ce qui ne devrait plus avoir lieu d’être. Allaiter un tout jeune bébé c’est beau, allaiter un bébé qui marche et qui a des dents ça devient malsain. Je ne sais pas quand j’arrêterai mais j’ai décidé de n’allaiter que le matin et le soir et aussi un peu quand elle veut le reste de la journée mais plus comme un complément qu’autre chose. On verra combien de temps ça durera.

L’arrivée d’un enfant ça destabilise. Il rompt l’équilibre, s’impose et nous force à nous adapter, à changer nos priorités. Je trouve qu’on ne s’en est pas trop mal sorti avec chéri-chéri. Les grands ont bien accepté leur petite soeur, elle est source de conflits entre eux et de jalousie (pour savoir lequel d’entre eux elle préfère). On arrive pour le moment à les aider tous les 3 tout en protégeant Lucie des frères et soeurs envahissants.
La reprise du travail s’est bien passée. Je suis heureuse de retrouver mes collègues. Elles sont une bouffée d’air frais dans mes journées avec mes marmots.

Le plus dur finalement, dans tout ca, c’est d’accepter. J’ai fais des cauchemars toutes les nuits pendant 7 mois, sans exception. Puis doucement, épisodiquement, ça a diminué. Cela faisait 1 tout petit mois que je recommençais à dormir. Enfin. Mais là, il y a eu l’anniversaire de ma fille. Ce 16 juillet qui a changé la configuration familiale mais qui a aussi changé ma vie.

 

Je revis chaque seconde de cette journée.

Je ressens la douleur des contractions.

Je sens mon coeur battre plus fort et plus vite.

Je sens cette douleur atroce, en bas de mon ventre, à gauche. Ce coup de poignard intense où l’on sent que quelquechose d’anormal se passe.

L’équipe qui arrive, qui s’agite, qui fait tout en même temps.

Je sens l’incision, en bas à droite de mon ventre, cette brûlure, ma peau qui s’ouvre doucement.

Je revis mon réveil, cette sensation de vide et cette douleur d’écrasement sur mon ventre.

Mes mains me font mal, c’est les catheters. Mes poignets me font mal, c’est encore un cathéter.

Je me sens vaseuse, sans comprendre.

Je me rappelle encore ce moment où on me tend un bébé que je ne reconnais pas. Qui est-il? Pourquoi me donner un bébé dans les bras alors que je n’ai pas accouché? Pourquoi est-ce qu’on me félicite? J’ai loupé une étape.

J’ai loupé L’étape.

Je me rappelle comprendre.

Je me rappelle retenir mes larmes.

Je me rappelle vouloir insulter les médecins.

Je me rappelle être épuisée, anéantie et qu’on ne me laisse pas dormir avec ce bébé.

Ce vide.

Cette incompétence de ma part.

Ce vide toujours présent.

Ce choc.

Cette solitude.

Cette tristesse.
J’ai passé plus de la moitié de l’année écoulée à ressentir tout ça, toutes les nuits et en me réveillant tous les matins profondément choquée. Je croyais en être débarassée, mais non. Mon esprit a décidé que pour le premier anniversaire de ma fille, je devais me rappeller tout ça.

Je suis toujours très en colère contre l’équipe médicale, ils m’ont volé la naissance de ma fille, ils m’ont arraché mon bébé de mon ventre.

Je n’arrive plus à faire confiance aux médecins, pas comme avant.

Ce ne sont que des menteurs.

Je le vois aussi quand je vais bosser.

Cette facilité qu’ils ont d’adoucir les choses sans jamais dire les mots qui fâchent.

Je pensais que j’avais réussi à oublier.

En fait, non. C’était juste enfouit pour mieux me blesser, de nouveau.

Je devrais être heureuse mais je n’y arrive pas.

Je pleure. Ça a au moins le mérite de soulager ma peine.

Un peu.

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